Comment bien écrire un roman ? Certains pensent qu’ils devraient filer de longues métaphores compliquées. D’autres, employer à tour de bras des formes verbales rares, histoire de montrer qu’ils maîtrisent le subjonctif passé. D’autres encore estiment qu’un roman bien écrit doit multiplier les envolées lyriques et les phrases de plus de 50 mots.

Vous vous sentez rempli(e) d’ardeurs proustiennes lorsque vous écrivez ? Ou au contraire, vous pensez que vous adresser à un jeune lectorat ne demande pas de travail de style particulier ? Après tout, il paraît que les jeunes d’aujourd’hui, décérébrés par Les Anges (de la téléréalité), utilisent au maximum 300 mots (contre 30 000 pour un adulte éduqué)…

Halte-là, mon ami(e). Si telles sont vos pensées, je crains que vous ne vous fourvoyiez. (J’aurais adoré placer ici un subjonctif passé, pour prouver que je le maîtrise à merveille. Mais bon, c’est compliqué dans un texte au présent.)

Vous voulez acquérir un bon style ? Ne tombez pas dans les extrêmes.

Bien écrire votre roman jeunesse exige concision, mais aussi précision, délicatesse et un soupçon de poésie.

Dans cet article, je vous livre 17 conseils de pro pour améliorer votre style et écrire un livre jeunesse dont vous serez fier(ère).  17 conseils, mais aussi de multiples exemples empruntés aux textes des auteurs que je coache, et même des exercices. (Si c’est pas beau, tout ça!)

Sortez vos dictionnaires, votre sécateur (vous comprendrez plus tard), votre fil à broder et votre outil de prise de notes : nous plongeons au cœur de la langue française…

Le style littéraire, ce Graal que tous les auteurs convoitent

Une des problématiques qui obsèdent les auteurs de la communauté Graines de romans ? La question du style. Comme eux, vous êtes peut-être confronté(e) à ce genre de soucis :

« Je n’arrive pas à bien écrire, mon écriture est saccadée ; je fais beaucoup de répétitions et je ne sais pas comment les éviter. »

« J’ai l’impression que mes phrases sont trop compliquées, que mon écriture n’est pas adaptée à un jeune lectorat. J’ai peur de l’ennuyer. »

« Je voudrais éviter les clichés et trouver mon propre style d’écriture. »

Vous vous retrouvez dans ces craintes ? Voici les conseils que les auteurs de la communauté ont suivi alors qu’ils se demandaient comment bien écrire et trouver leur style. Les exemples sont tous tirés de leurs textes ou des exercices que je leur ai proposés.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous expliquer un point capital.

Les 14 premiers conseils que vous allez découvrir sont tout simples. Et pour certains, évidents.

Pourtant, peu d’auteurs en herbe les mettent en œuvre.

Même ceux qui ont un peu de bouteille se laissent parfois aller à écrire des phrases compliquées, fades ou qui manquent de rythme.

 

Être écrivain consiste la plupart du temps à lutter contre la facilité.

Contre les phrases qui coulent toutes seules – mais qui sont bancales, indigestes ou qui sonnent mal. Contre un vocabulaire pauvre, imprécis. Contre un rythme monotone.

Alors, laissez-moi vous dire une chose.

Tant que vos jeunes lecteurs buteront sur les mots, devront relire vos phrases, demanderont des explications, inutile d’aller plus loin et de chercher à acquérir un style personnel (conseils 15 à 17).

Améliorez encore et encore la fluidité de votre plume et vous aurez déjà fait un super travail.

Le jour où vous parviendrez à ce résultat, alors, vous pourrez mettre la barre un peu plus haut.

Vous pourrez dès lors chercher à surprendre, envoûter, passionner, faire rire, pleurer votre jeune lecteur grâce à un style unique.

À ce moment-là seulement, vous pourrez appliquer les 3 derniers conseils.

Comment bien écrire ? Soyez concis !

La plupart des auteurs débutants ont tendance à rédiger des phrases de cinq kilomètres. C’est peut-être votre cas. Je sais: la tentation est grande de se laisser porter par les mots. Ne le faites pas.

Comme l’explique Antoine Albalat, critique littéraire et théoricien du style, dans Comment il ne faut pas écrire (Mille et une nuits, 2015) :

« La seconde qualité essentielle d’un bon style, c’est la concision, c’est-à-dire l’art de renfermer une pensée dans le moins de mots possible. […] On n’est jamais captivé par des phrases où il y a trop de mots. »

Ceci est d’autant plus vrai que l’on s’adresse à un jeune lectorat.

Certains auteurs débutants peinent à trouver un ton qui convienne à des enfants ou des ados. C’est peut-être votre cas. Comme eux, vous vous demandez sans doute s’il existe un « style jeunesse ».  Autrement dit, si écrire pour un jeune lectorat exige une plume spécifique, adaptée à ses compétences.

Je sais que cette question fait débat, même parmi les auteurs jeunesse chevronnés. Certains fustigent même les éditeurs de vouloir leur imposer certaines contraintes. Tiens, comme cette femme sur Facebook, qui se plaignait qu’une maison d’édition lui ait demandé d’utiliser des mots plus simples.

 

À ceux-là, je me contenterai de citer Marie-Aude Murail :

« Tout mon travail ou tout mon art consiste à rendre mes histoires accessibles à la lecture pour qu’il n’y ait pas de frein au plaisir de lire. Plus les enfants sont jeunes plus ils sont démunis. Il ne s’agit pas de s’adresser à eux comme à des adultes ratés ou immatures, mais comme à des personnes se trouvant à une phase ou à une autre de leur apprentissage et de leur développement. »

Continue la lecture, on n’aime pas la récré…, Calmann-Lévy, 1993.

Rendre son récit lisible et accessible : voilà comment bien écrire pour un jeune lectorat, selon Marie-Aude Murail. (Ce qui demande, comme vous vous en doutez, d’adapter votre style au bagage intellectuel et culturel de celui-ci – grosso modo, à son âge.)

Et concrètement ? Quels sont les règles à respecter pour éviter que vos lecteurs laissent tomber votre histoire, à un moment ou à un autre, à cause d’un style ampoulé ?

 

1. Bannissez les phrases à rallonge

Votre lecteur rêve de dévorer votre roman, pas d’avoir une indigestion de subordonnées. Efforcez-vous de limiter vos phrases à une ou deux subordonnées et d’éviter les subordonnants qui se ressemblent (« qui » et « que » par exemple) au sein de la même phrase.

Un exemple de phrase indigeste (et authentique) ? « Il lui avait appris quelques coutumes du pays en commençant par le fait qu’il était obligatoire de se plier en deux devant le souverain jusqu’à ce qu’il ordonne de se relever ou encore qu’il fallait l’appeler “Majesté” ou “Sire”. »

La solution : coupez la phrase, bien sûr. Ce qui pourrait donner : « Il lui avait appris quelques coutumes du pays. Ainsi, on devait se plier en deux devant le souverain jusqu’à ce qu’il ordonne de se relever ; il fallait l’appeler “Majesté” ou “Sire”. »

De même, évitez ce genre de phrase : « Connu pour son altruisme, il n’hésitait pas à aider les touristes qui cherchaient leur chemin dans les méandres de la Capitale que lui-même connaissait comme sa poche. »

Écrivez plutôt : « Connu pour son altruisme, il n’hésitait pas à aider les touristes perdus dans les méandres de la Capitale que lui-même connaissait comme sa poche.»

En prime, vous aurez supprimé quatre mots – ce qui nous amène au point suivant.

N’hésitez pas à trancher dans le vif. Pour cela, je vous laisse le choix des armes. (Le gros en haut me paraît pas mal.)

 

2. Économisez les mots

Pour cela, demandez-vous à chaque phrase quel(s) groupe(s) de mots vous pourriez remplacer par un seul mot ou même supprimer.

Par exemple, au lieu d’écrire « il monta l’escalier à toute vitesse », écrivez : « il se précipita dans l’escalier ».

À la place de : « elle prenait le temps de regarder autour d’elle », choisissez un seul verbe : « elle observait la pièce ».

Au lieu de : « il laissa doucement sortir l’air de ses poumons » pourquoi ne pas écrire : « il expira doucement » ?

Voyons maintenant si vous avez compris le principe.

Le texte suivant souffre de quelques lourdeurs. Saurez-vous repérer et supprimer les mots inutiles ?

« Plongés jusque-là dans l’obscurité, les œufs n’avaient pas bougé et il supposa donc que leur éclosion ne serait pas pour le soir-même. Il les sortit délicatement du bol dans lequel il les avait placés, et les regarda avec attention. Il avait pris soin de prendre les plus colorés, car il savait d’expérience que les œufs aux couleurs les plus vives étaient le plus souvent ceux qui produisaient les plus intelligentes créatures. »

(Vous voulez savoir comment j’aurais remanié ce texte ? Rendez-vous à la fin de l’article pour le découvrir.)

 

3. Méfiez-vous de la voix passive

La voix passive a tendance à alourdir le style. Sauf si vous recherchez un effet particulier, évitez-la.

Au lieu d’écrire : « Les murs avaient été recouverts de papier peint vert, et étaient noyés sous les tableaux. », utilisez la voix active : « Des tableaux recouvraient presque entièrement le papier peint vert. »

 

4. Éliminez les adverbes inutiles

Bannissez les successions d’adverbes et traquez ceux qui ne sont pas nécessaires.

Ainsi, dans la phrase : « La maison en pierre donnait parfois l’impression à Anna d’être un véritable labyrinthe. », l’adverbe « parfois » n’apporte rien et alourdit la phrase. Supprimez-le sans hésitation.

 

5. Évitez les tournures impersonnelles

De manière générale, évitez les tournures impersonnelles qui alourdissent le style.

Exemple : « Gaspard remarqua avec déception qu’il serait moins facile pour eux de cueillir les cerises, tant les branches sur lesquelles elles se trouvaient étaient hautes et touffues. »

Écrivez plutôt : « Gaspard remarqua avec déception qu’ils auraient du mal à cueillir les cerises, tant les branches sur lesquelles elles se trouvaient étaient hautes et touffues. »

Soignez votre vocabulaire

6. Utilisez le mot juste

La règle d’or ? Le dictionnaire est votre fidèle ami : gardez-le toujours sous le coude. Au moindre doute, consultez-le, que ce soit pour préciser le sens d’un mot, vérifier une locution ou une expression.

Cela vous évitera des erreurs telles que les « terminaux nerveux » au lieu des « terminaisons nerveuses », ou « il pallia au problème » au lieu de « il pallia le problème ».

De même, vérifiez l’emploi des verbes que vous utilisez et faites attention aux verbes transitifs, c’est-à-dire ceux qui s’emploient toujours avec un COD. Ainsi, vous ne pouvez pas écrire : « Il avait envie d’explorer », car ce verbe doit être suivi d’un complément (« Il avait envie d’explorer le château »).

Un autre exemple ?

« Pour toute réponse, Henriette se leva instantanément de son fauteuil et dépoussiéra sa robe de chambre d’une main très habile. »

Dans cette phrase, le verbe « dépoussiérer » suggère que sa robe est recouverte de poussière, ce qui paraît peu vraisemblable. Le mot juste pourrait être « épousseter ». De plus, pas besoin d’être habile pour épousseter un vêtement. Plutôt que « d’une main habile », il aurait mieux valu écrire « d’un geste gracieux ».

Comment bien écrire ? En lettres de feu !

Choisir les mots justes devrait être votre obsession. Polissez-les pour rendre vos phrases aussi brillantes que possible !

 

7. Fuyez comme la peste les verbes faibles

Les verbes comme « regarder », « aimer », « être », « faire », « dire », etc., devraient apparaître le moins possible dans votre roman, car, en plus de véhiculer peu d’émotion, ils dénotent un vocabulaire pauvre.

Remplacez-les par des verbes plus précis comme « observer », « contempler », « chérir », « adorer », « demeurer », «effectuer», « élaborer », « déclarer », « murmurer », « déclamer », etc.

 

8. Éliminez les répétitions, même si elles vous paraissent lointaines ou difficiles à remplacer

Dans le texte suivant, les mots « maison » et « escalier » apparaissent trop souvent. Ce dernier peut sembler impossible à remplacer autrement que par le nom « marches », déjà présent. Pourtant, il existe toujours un moyen de contourner la difficulté.

« En face de l’entrée se trouvait une autre porte, qui menait à la cave, ainsi que l’escalier qui permettait d’atteindre le reste de la maison. Les marches avaient été rénovées quelques années plus tôt, et Alice regrettait le vieil escalier qui craquait à chaque pas quand elle venait dans cette maison, jadis. Dès qu’elle eut gravi l’escalier, des bruits de conversation lui parvinrent du salon. »

Il faut bien le reconnaître : le mot « escalier » répété trois fois est indigeste, sans compter les lourdeurs diverses. Il vaudrait mieux écrire :

« En face de l’entrée, une porte menait à la cave, et un escalier aux marches rénovées desservait les étages – Anna regrettait l’ancien, qui craquait à chaque pas. Dès qu’elle atteignit le premier, des bribes de conversation lui parvinrent du salon. »

 

9. Utilisez correctement les pronoms personnels

Lorsque vous écrivez un passage impliquant deux personnages ou plus, n’oubliez jamais qu’un pronom personnel sujet se rapporte forcément au sujet de la phrase précédente :

« À l’instant même où Archibald commençait à se redresser, le noyé surgit et s’agrippa à son épaule, manquant de le faire basculer dans l’eau. Avec un hurlement de surprise, Archibald se jeta au fond de la barque, tirant celui qui s’accrochait à lui de toutes ses griffes. Pour un homme, il était incroyablement léger. [Ici, « il » se rapporte grammaticalement à « Archibald » et non à « celui qui s’accrochait ». C’est donc fautif.] Il recula encore, [ce « il » se rapporte grammaticalement au « il » de la phrase précédente, ce qui n’a pas de sens] pris de panique, avant de se rendre compte que son attaquant gisait désormais sur le plancher de son esquif, expulsant une eau boueuse par les narines et la bouche. Il se tortillait [même problème] avec tant de vigueur qu’il faillit les faire chavirer à plus d’une reprise. Enfin, sa quinte de toux s’apaisa et il resta immobile. »

Dans cet extrait, il faudrait préciser que c’est le noyé qui est léger, qu’il s’agit bien d’Archibald qui recule, et que c’est l’homme repêché qui « se tortille » :

« À l’instant même où Archibald commençait à se redresser, le noyé surgit et s’agrippa à son épaule, manquant de le faire basculer dans l’eau. Avec un hurlement de surprise, Archibald se jeta au fond de la barque, tirant celui qui s’accrochait à lui de toutes ses griffes. Pour un homme, celui-ci était incroyablement léger. Archibald recula encore, pris de panique, avant de se rendre compte que son attaquant gisait désormais sur le plancher de son esquif, expulsant une eau boueuse par les narines et la bouche. Le rescapé se tortillait avec tant de vigueur qu’il faillit les faire chavirer à plus d’une reprise. Enfin, sa quinte de toux s’apaisa et il resta immobile. »

 

10. Respecter le registre de langue dans les dialogues

Si vous décidez de faire parler votre personnage sur un ton familier, vous devez maintenir le registre de langage (familier, courant ou soutenu). Par exemple :

« Ne dis pas de bêtises, c’est juste que je me méfie de ce mec, insista-t-elle en reprenant son sérieux. T’a-t-il donné des raisons de lui accorder ta confiance ? »

Ici, « accorder » est trop soutenu par rapport à « mec ». De même, l’inversion sujet-verbe semble un peu trop correcte dans un discours direct.

Rythmez votre texte

 

Il n’y a rien de pire, dans un roman, que des phrases qui se suivent et se ressemblent. Cela crée une monotonie qui risque vite d’ennuyer votre jeune lecteur.

Antoine Albalat l’explique en ces termes :

« Quel que soit le sujet qu’on traite, il ne faut pas se croire obligé d’écrire toujours de longues périodes. On ne doit pas plus adopter le style à longues phrases que le style à phrases courtes. C’est le mélange seul qui produit la variété. Rien n’est agréable comme de se reposer l’esprit sur des phrases brèves, après avoir lu des phrases majestueuses. »

Pour ne pas endormir votre lecteur, voici quelques conseils :

 

11. Évitez les phrases qui commencent de la même façon

Ainsi, sauf si vous voulez créer un effet particulier, ne débutez pas toutes vos phrases par le même pronom personnel, comme dans ce texte :

« Le monstre apparut, immense et terrifiant. Il s’avança à pas lents. Il passa doucement la porte. Il traversa le palier. Il descendit l’escalier, marche après marche. Il n’avait jamais eu aussi faim. »

En revanche, si vous voulez insister sur une formule, vous pouvez vous le permettre, comme Hollande avec son fameux « Moi, Président » anaphorique.

 

12. Créez des ruptures

Pour susciter un regain d’intérêt chez votre lecteur, utilisez avec parcimonie les phrases du type sujet, verbe, complément et efforcez-vous de créer des ruptures en variant les constructions.

Dans le texte suivant, la construction des phrases est presque toujours la même :

« Une boule de feu jaillit de l’engin. Elle fondit sur Rodolphe, qui s’écarta in extremis. La boule de feu continua son chemin. Elle traversa le mur avec un bruit assourdissant. »

Dommage que cette scène d’action soit gâchée par un rythme monotone, pas vrai ?

Pourtant, il suffirait d’ajouter un adverbe, un groupe prépositionnel, un adjectif, un participe, etc. en début de phrase pour dynamiser ce passage.

Ainsi, on pourrait le réécrire de cette façon :

« Une boule de feu jaillit de l’engin. En un éclair, elle fondit sur Rodolphe, qui s’écarta in extremis. Puis, continuant sa folle trajectoire, elle traversa le mur avec un bruit assourdissant. »

 

13. Alternez récit et discours

Les dialogues sont particulièrement utiles pour dynamiser votre texte, rendre vos scènes vivantes et exprimer la personnalité de vos personnages à travers des tournures de phrase et un vocabulaire propres à ceux-ci.

Dans cette idée, utilisez le discours direct dès que possible et évitez les blocs de récit ou de discours indirect. Par exemple, après une longue scène de bataille où le discours est quasi absent, ne faites pas comme cette auteure en herbe :

« L’arbitre lui demanda si elle abandonnait. La fureur s’empara de Jennie. Elle ne capitulerait jamais ! Elle préférait mourir que de déclarer forfait. »

Au lieu d’utiliser le discours indirect, il aurait mieux valu écrire :

« L’arbitre lui cria :

– Alors, tu abandonnes ?

La fureur s’empara de Jennie.

– Jamais ! hurla-t-elle. Plutôt mourir ! »

Beaucoup plus vivant, n’est-ce pas ?

 

14. “Show, don’t tell”

Ne racontez pas, montrez.”

Une belle écriture doit avant tout évoquer des images fortes et vivantes. Si vous écrivez qu’un paysage est magnifique, en réalité, vous ne dites rien. Celui-ci peut en effet révéler sa splendeur de bien des manières. Décrivez-le plutôt à travers les yeux d’un personnage, en insistant sur les émotions que ce dernier ressent.

De plus, la règle du “Show, don’t tell” vous permet de rendre votre écriture plus efficace :

« Les larmes de rage lui montaient aux yeux et il les balaya d’un revers de manche. Il ne céderait pas à ce point à la colère. »

Ne trouvez-vous pas la dernière phrase inutile ?  Les larmes de rage suffisent à prouver le sentiment de colère que ressent le personnage. En remaniant la première phrase et en supprimant la dernière, l’émotion est beaucoup plus palpable :

« Il balaya d’un revers de manche les larmes de rage qui lui montaient aux yeux. »

Un second exemple, tiré d’un texte de l’un des autres auteurs que je coache :

« Je suis désolée, Romain, intervint Delphine, émue. Johanna était vraiment une chouette fille, elle avait très bonne réputation auprès de la communauté. »

Ici, pour exprimer l’émotion que ressent Delphine, il faudrait montrer son attitude plutôt que d’ajouter un adjectif («émue»). Ces yeux pourraient devenir humides ou sa voix, enrouée. Utiliser les manifestations physiques de l’émotion est, de plus, une méthode imparable pour créer l’empathie chez votre lecteur.

Nous en arrivons à la fin de la première grande étape du travail sur le style. Pour comprendre comment bien écrire votre histoire, appliquez chacun de ces conseils jusqu’à ce que cela devienne un réflexe. N’utilisez les 3 astuces suivantes que lorsque vous aurez appris à manier les 14 précédentes !

Rendez votre style unique

15. Évitez les clichés

Le cliché. Voilà un vilain mot pour désigner ce qui ne devrait jamais apparaître dans votre roman si vous voulez trouver votre propre style littéraire.

Et le jeune âge de votre lectorat n’est PAS une excuse.

D’accord, votre lecteur de 10 ans ne se rendra pas compte que votre texte en est truffé. Mais le bombarder de clichés de ce genre lui rendra-t-il service ?

« La créature entra dans une colère noire. Arthur prit ses jambes à son cou, essayant de trouver son chemin dans l’épais brouillard qui noyait le paysage. Soudain, il distingua un halo de lumière au loin. Rempli d’un fol espoir, il accéléra, courant à en perdre haleine. Mais le monstre avait gagné du terrain. Il était maintenant sur ses talons, et Arthur sentait son souffle brûlant sur son cou. »

Certes, ce texte se lit plutôt bien. Pourtant, admettez qu’il dénote une certaine paresse intellectuelle avec toutes ces expressions banales et sans surprise.

Je sais. Le cliché littéraire est aussi difficile à éviter qu’un McDo en centre-ville. Il profite du moindre relâchement pour se glisser dans votre texte.

D’autant plus qu’il ne manque pas de charme.

Ainsi, méfiez-vous des expressions comme « tirer à boulet rouge », « être enflammé de colère », « se tenir à carreau », « prendre ses jambes à son cou », « courir ventre à terre », « tiré par les cheveux », « des mesures draconiennes », « filer un mauvais coton », « être tiré à quatre épingles », etc.

Ces expressions souvent imaginées appartiennent à la langue française, me direz-vous.

Alors, pourquoi les éviter ?

Parce que, comme l’a écrit Schopenhauer :

« Il en est des expressions frappantes, des phrases originales et des tournures heureuses comme des vêtements quand ils sont neufs ; ils brillent et font beaucoup d’effet. Mais bientôt, chacun y passe la main, ce qui en peu de temps les use et les ternit, de sorte qu’à la fin, ils n’ont plus aucun prestige. »

Pourtant, dans un roman jeunesse, il existe des exceptions.

Si votre lecteur cible a moins de 12 ans, vous pouvez les utiliser, mais avec parcimonie. Après tout, celui-ci ne les a pas forcément acquises. Il doit bien les apprendre.

S’il est plus âgé, réservez-les aux dialogues. Ceux-ci sont le lieu idéal pour les employer, car ces formules toutes faites peuvent servir à montrer la personnalité de vos personnages, et à apporter une touche d’humour. Dans ce cas, veillez à utiliser des expressions assez rares, comme dans cet exemple :

— Dis donc, Germain, t’es sûr que personne nous a vus ?

— Te mets pas la rate au court-bouillon, mon vieux. Y’avait personne, j’te dis.

En revanche, vous devez éviter à tout prix les clichés romanesques, qui sont rédhibitoires pour quiconque possède un bagage culturel de base – l’éditeur en première ligne.

Les clichés romanesques ? Ce sont les personnages et les situations que l’on rencontre partout : le beau ténébreux mystérieux, l’ami(e) grassouillet(e) et rigolo(te), la trentenaire célibataire en surpoids désabusée et accro à la vodka (merci, Bridget), le baiser échangé sur une plage de sable fin, au soleil couchant, bien sûr, la fille qui en pince pour le bad boy de service mais qui reste aveugle au véritable amour que lui voue en silence son meilleur ami, le vampire blafard incapable de résister à ses pulsions, etc.

D’accord, ce vampire ferait très bien dans votre roman. Si vous aimez les clichés…

 

16. Détournez les clichés

Parfois, éviter les clichés s’apparente à un parcours du combattant.

Mais il existe un moyen intéressant de les utiliser de façon personnelle.

C’est de les détourner.

Résultat : votre style deviendra unique, vos personnages gagneront en personnalité, votre texte dégagera de l’authenticité. Et en prime, vous ferez sourire votre lecteur.

Avec les auteurs de la communauté, on s’est amusés à détourner les clichés.

Les exercices que je leur ai proposés se trouvent ci-dessous :

Voici un texte insipide et bourré de clichés. Pouvez-vous :

  1. Le réécrire entièrement en remplaçant les clichés par des images personnelles. Libre à vous de changer l’apparence de la jeune fille, mais aussi le lieu, le décor, les circonstances, d’en dire plus sur l’inconnu, pour faire de cet extrait un texte personnel et saisissant.
  2. Le réécrire mais, cette fois, en détournant les clichés présents (je sais, ce n’est pas facile !)

« L’inconnu contemplait la jeune fille assise à quelques tables de lui, sur la terrasse. Ses cheveux d’or, qui brillaient doucement sous les rayons du soleil, encadraient un visage fin aux traits réguliers. Ses yeux bleu pervenche pétillaient de malice, tournés vers son interlocutrice. Le jeune homme ne pouvait détacher son regard de sa silhouette gracile, de ses mouvements gracieux lorsqu’elle saisit sa petite cuillère pour la tourner lentement dans son café. Soudain, elle éclata d’un rire cristallin, qui atteignit le jeune homme en plein cœur. »

Et voici quelques-unes de leurs propositions :

1. Pour éviter les clichés (et réinventer complètement cette première rencontre):

« Gilbert jure. Le vent fait plier les branches. Si ça tombe, il va se mettre à pleuvoir. Quelle idée de donner rendez-vous à une femme qu’on n’a jamais rencontrée, sur un parking, en pleine forêt ! Il tire sur le vélo de son fils qu’il a fourré à la hâte dans le coffre de sa voiture pour donner un peu de consistance à son mensonge. Mais la bicyclette ne se décide pas à bouger. En plus, elle est pleine de poussière. Normal, cela fait belle lurette que Mathias n’habite plus chez son père. C’est seulement à ce moment-là que l’homme réalise qu’il n’est même pas équipé pour une sortie sportive. Un pull avec un col en V, un pantalon chino et des mocassins. Qu’est-ce qu’elle va penser – si seulement elle vient, parce que là, le parking est toujours vide, et la chance grande qu’elle lui ait posé un lapin. Gilbert se trouve ridicule d’avoir voulu faire croire à Chantal qu’il pratique aussi le VTT. Tout ça parce qu’il a très envie de la rencontrer, après tous ces mois d’échanges électroniques, et qu’il veut toujours faire plaisir aux autres. La belle idée.

Il se donne une dernière chance d’extraire la bicyclette du coffre. S’il échoue, c’est juré : il s’en va. Il tire sur le guidon et la selle d’un coup sec. Un craquement, et il extrait la roue avant du coffre. Le cadre et l’autre roue suivent aisément. Un rire retentit, plus haut. L’homme balaie la colline du regard, soudain gêné. Une femme le fixe. Casquée, avec un vrai VTT, un grand sourire et une belle réserve d’énergie. Elle a déjà enfourché sa bicyclette et dévale la pente dans sa direction. Figé à côté de sa vieille bécane, dans ses mocassins et son pantalon troué, il se dit qu’il a très envie de lui proposer une balade à pied. »

2. Pour les détourner :

« L’inconnu contemplait d’un œil gourmand la jeune fille assise à quelques tables de lui, sur la terrasse. Ses cheveux d’or brillaient doucement sous les rayons du soleil. Surtout, ils encadraient son visage rose aux joues pleines. Il commença à saliver lorsqu’il contempla les lèvres charnues de la fille, remuant au rythme de sa conversation avec son interlocutrice, beaucoup trop maigre pour qu’il accorde à celle-ci le moindre intérêt. Le « jeune » homme (bien conservé, disons, pour ses 800 ans d’existence) ne pouvait détacher son regard de sa silhouette voluptueuse, de ses mouvements tout en rondeur lorsqu’elle saisit sa petite cuillère pour la tourner lentement dans son café. Soudain, elle éclata d’un rire cristallin.

“En voilà une qui ne sera pas facile à faire taire”, gronda-t-il intérieurement. »

 

17. Faites la part belle aux émotions grâce aux images

Un style unique se reconnaît aux émotions qu’il est capable de dégager.

Et quoi de mieux qu’une image personnelle pour faire naître des émotions ?

Au lieu d’employer des expressions toutes faites, efforcez-vous de créer des comparaisons, des métaphores ou des hyperboles pour émouvoir ou surprendre votre lecteur.

En voici quelques exemples, tirés de grands romans jeunesse :

« Il y a des silences qui sont de dangereux explosifs ! » (Daniel Pennac Kamo et moi, Gallimard, 1992.)

« Vous me faites penser à un poussin qui serait entré dans la cage des serpents et qui se demanderait : “Où est le problème ?” » (Terrienne, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard Jeunesse, 2011.)

« Un œil chassieux, c’est un œil entartré de cette crotte blanche et gluante que les yeux sécrètent. C’est un œil comme englué dans sa propre diarrhée oculaire. » (Clémentine Beauvais, Les Petites Reines, Sarbacane, 2015.)

Néanmoins, pour réussir vos images, vous devez respecter quelques règles.

Vos images ne doivent pas être purement décoratives.

Elles doivent donner un effet particulier, à un moment précis.

Un exemple ?  Votre personnage se perd dans la contemplation de son café. Inutile de déployer des métaphores poétiques pour décrire son breuvage si celles-ci ne servent à rien, comme dans le texte suivant :

« Il était assis devant une tasse de café au lait dont les volutes traçaient de gracieuses courbes brunes dans une étendue de nacre blanche. Il observait ce spectacle, fasciné. »

Pourquoi cette image est-elle inutile ? Parce que dans le paragraphe suivant, le récit suit son cours sans que cette description ne fasse avancer l’intrigue.

(En revanche, cette métaphore aurait eu un intérêt si le personnage y avait, par exemple, vu quelque chose d’étrange ou de frappant.)

Vos images doivent rester cohérentes.

« Les plus belles images sont toujours des sensations vraies », explique Antoine Albalat.

Voici quelques exemples : « Sur le rivage, la mer à belles ondes venait se rompre » (Frédéric Mistral). Pour décrire la lune : « Cette faucille d’or dans le champ des étoiles » (Victor Hugo) ; « Un grand morceau de glace plein d’une lumière immobile » (Flaubert).

N’essayez pas de comparer des éléments qui n’ont aucun rapport, comme dans « ma chaussure ressemblait à un paquebot rouillé », ou « la sorcière paraissait aussi cruelle qu’une soupière fumante».

N’en faites pas trop !

De même que votre style devrait rester concis, évitez les images compliquées comme : « Elle sentit la joie exploser en elle tel un feu d’artifice multicolore dont les gerbes d’étincelles se répandirent dans tout son corps. »

 

déployer son style comme un paon ses plumes

Si vous écrivez comme un paon déploie ses plumes, c’est peut-être un peu trop.

17 conseils… et c’est tout ?

17 conseils de pro, issus de mon expérience d’éditrice et de conseillère littéraire, c’est bien le moins que je puisse vous donner.

Mais savez-vous que je peux en faire bien plus pour que vous appreniez comment bien écrire votre histoire ?

De quelle façon ?

En évaluant votre roman de A à Z pour vous aider à :

– faire de votre style une véritable force ;

– repérer et supprimer les erreurs de débutants rédhibitoires pour les éditeurs (99% des auteurs les commettent) ;

– exploiter le potentiel de votre histoire afin de séduire une maison d’édition.

Envoyez-moi votre roman pour devis à pia@grainesderomans.com. Pour en savoir plus sur ce que je peux vous apporter (et avoir un aperçu des critères de sélection des éditeurs), consultez cette page : Faire évaluer votre roman.

P.S. : Et voici comment j’aurais remanié le texte de l’exercice pour en supprimer les lourdeurs :

Plongés jusque-là dans l’obscurité, les œufs n’avaient pas bougé. et il supposa donc que Leur éclosion ne serait pas pour le soir-même. Gabriel les sortit délicatement du bol dans lequel il les avait placés, et les observa. Il avait pris soin de prendre les plus colorés, car il savait d’expérience que les œufs aux couleurs les plus vives étaient le plus souvent ceux qui produisaient les plus intelligentes créatures.

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