Dans la première partie de cet article consacré à la construction du récit, je vous ai révélé les 4 premières étapes méconnues pour bâtir votre roman jeunesse comme un pro. À la fin de cet article, je vous ai expliqué comment structurer votre roman grâce au schéma narratif en 7 étapes de John Truby. Je vous ai notamment montré en quoi Harry Potter à l’école des sorciers respectait les 3 dernières étapes : la confrontation finale, la révélation personnelle et le nouvel équilibre.

Ce qui m’amène à vous parler de la cinquième étape.

5. Imaginez la fin

Certaines fins de roman vous donnent des envies de meurtre. Surtout quand le reste de l’histoire vous a transporté, enthousiasmé, passionné pendant des centaines de pages. Seulement voilà, à l’heure du dénouement, il y a des auteurs qui semblent vous claquer la porte au nez :  “Fichez le camp, c’est l’heure de ma sieste.”

Au cas où vous en douteriez, une fin ratée est rédhibitoire pour les éditeurs. De nombreux manuscrits sont envoyés à la corbeille pour cette raison.

Mais au fait, une fin réussie, c’est quoi ?

Puisque vous écrivez un roman jeunesse, mieux vaut opter pour une fin heureuse, n’est-ce pas ? Eh bien, pas tout à fait. Je vous conseille bien sûr de ne pas désespérer votre jeune lecteur en exterminant tous ses personnages préférés. D’ailleurs, savez-vous que les maisons d’édition sont soumises à la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse ? Celle-ci stipule notamment qu’elles « ne doivent comporter aucune publicité ou annonce de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse. »

Votre histoire devrait donc se finir sur une note d’espoir. Cependant, une belle fin  doit être nuancée. Notamment si elle permet au lecteur de découvrir quel  était le véritable besoin du héros. Sa vraie quête.

Harry Potter et Voldemort

Un exemple ? La philosophe Marianne Chaillan, auteure de Harry Potter à l’école de la philosophie, avance la théorie suivante. Ce que Harry apprend réellement tout au long de la célèbre saga, au-delà des valeurs de l’amitié et du courage… c’est à affronter sa propre mortalité. Un aspect qui se dévoile lors de la confrontation entre Harry et Voldermort, un méchant qui, lui, refuse de mourir !

Croc-Blanc et Buck

Autre exemple ? Jack London a créé deux merveilleux romans, lus aussi bien par les enfants que les adultes. Il s’agit de L’Appel de la forêt et Croc-Blanc. Des textes qui mettent en scène, l’un un chien, l’autre un chien-loup, et dont les parcours sont comme deux reflets opposés. De ce fait, les fins de ces romans sont aussi éloignées que possible : dans le premier, Buck répond à l’appel de la forêt et retourne à l’état sauvage, tandis que dans le second, Croc-Blanc découvre la chaleur d’un foyer humain. L’une de ses fins est-elle plus heureuse que l’autre ? Non. Mais elles forment toutes deux la conclusion logique d’une construction narrative révélée peu à peu, tout au long des deux récits. Ce n’est ni bien, ni mal. C’est la vie !

Une bonne fin, de plus, donne matière à réflexion. Elle révèle le monde sous un angle nouveau, inattendu. C’est pourquoi la conclusion de votre roman jeunesse doit être surprenante, et éviter le cliché du “Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…”. Débrouillez-vous pour que votre lecteur ne puisse pas la deviner. Si vous prévoyez un happy end, faites en sorte que ce ne soit pas celui qu’il attend.

Alors, quelles sont les clés d’une fin à la fois cohérente et surprenante ?

Fermez toutes les portes que vous avez ouvertes

Desperate Housewives, vous connaissez ? (Bien sûr que oui, n’essayez pas de me faire croire le contraire !)

Savez-vous ce que je déteste avec elle ? La façon dont les scénaristes (ou bien, au-dessus d’eux, les producteurs) peuvent abandonner un arc narratif entier, juste parce qu’il faut passer à autre chose.

Kayla Scavo, Celle-dont-on-ne-prononcera-plus-le-nom

La fille cachée de Tom Scavo perd sa mère (complètement folle) dans un épisode de prise d’otages qui vous a sûrement marqué si vous l’avez vu. La fillette est donc adoptée par son père et Lynette, qui devient sa belle-mère. Manque de chance, la gamine rencontre elle aussi de graves problèmes mentaux et voue une haine tenace à Lynette. Elle complote même pour que cette dernière soit accusée de mauvais traitements envers ses enfants.

Heureusement, Lynette est innocentée, et la petite, emmenée dans un centre de soins psychiatriques… Et ensuite ? Ensuite, rien. Tout se passe littéralement comme si cette petite fille n’avait jamais existé. Tom Scavo n’en parle plus jamais alors que,  dans l’épisode précédant, il jurait qu’il n’abandonnerait sa fille pour rien au monde !

Par pitié, ne commettez pas la même erreur dans votre roman. Vous avez écrit une intrigue pour deux de vos personnages secondaires ? Menez-la à son terme, et ce, même si votre héros réclame toute votre attention.

D’ailleurs, veillez à prévoir un dénouement à tous les épisodes que vous créez pour votre personnage principal. Ainsi, vous éviterez bien des incohérences qui ne manqueraient pas d’agacer votre lecteur.

Bien sûr, si votre roman est le premier tome d’une série, il est normal que certaines portes restent ouvertes. Mais en-dehors de ce cas de figure, vous devez clore tous les sujets. Cela ne veut pas forcément dire que vous allez répondre à toutes les questions que se posent vos  personnages. Il est possible que certaines d’entre elles restent irrésolues. Par exemple, si votre héros ne parvient jamais à retrouver son père, il doit toutefois comprendre ce que cette quête lui a apporté, et comment il peut désormais passer à la prochaine étape de sa vie.

Rendez votre fin inoubliable

L’ingrédient indispensable d’une fin de roman qu’on n’oublie pas ? La surprise, bien entendu ! Vous allez donc devoir imaginer toutes les fins possibles auxquelles votre lecteur pourrait s’attendre. Et trouver un dénouement qui s’en distingue de façon radicale !

La fin du roman, au bout de la jetée

Et si vous imaginiez une fin de roman aussi vaste que l’océan ?

Besoin de quelques idées ?

  • À la fin du premier tome d’Artemis Fowl, tous les éléments sont réunis pour qu’Artemis et son équipe finissent lessivés par l’horrible “rinçage bleu”. C’est cependant mal connaître le roi du crime qu’est notre héros, qui avait en réalité tendu un piège machiavélique à ses adversaires. Il faudra cependant attendre la dernière minute pour le découvrir : sueurs froides garanties. C’est ce qu’on appelle un retournement de situation. Attention toutefois : pour que celui-ci fonctionne, il faut surtout veiller à ce qu’il reste cohérent. Pas de Deus ex Machina, ce procédé par lesquels les auteurs grecs sortaient leur héros du pétrin dans lequel ils l’avaient mis en faisant intervenir un dieu. Aujourd’hui, on appelle ça de la triche !
  • Vous pouvez également “oublier” de donner certaines informations à votre lecteur, l’empêchant ainsi d’imaginer la fin. C’est la garantie d’un dénouement forcément surprenant. Là encore, il faut être malin, et ne pas tricher avec lui. Plutôt que de cacher complètement ces indices, vous pouvez aussi minimiser leur importance, ou les mentionner en même temps que d’autres informations qui, elles, paraissent immédiatement capitales. Attention, une règle s’impose cependant : rester honnête avec le lecteur. On ne sort pas un personnage clé ou un indice déterminant de son chapeau à la dernière seconde, ce sont les grandes lois de Raymond Chandler, maître du polar (et elles s’appliquent aussi au roman jeunesse) !
  • Vous pouvez enfin retarder le dénouement, en imaginant une fausse fin catastrophique, venant remettre en cause votre happy end. C’est ce qu’on appelle un ascenseur émotionnel : en jouant ainsi avec les nerfs de vos lecteurs, vous leur garantissez une fin qu’ils n’oublieront pas de sitôt. On retrouve un procédé semblable dans un grand classique de la littérature jeunesse, Le Magicien d’Oz de Lyman Frank Baum. Au moment où Dorothy et ses amis parviennent enfin dans la grande cité d’émeraude et peuvent rencontrer l’illustre enchanteur, celui-ci d’avère être… un charlatan. Le vieux bonhomme réussit à fabriquer une montgolfière… mais s’envole avant que Dorothy puisse monter dedans ! Dorothy restera-t-elle pour toujours au pays d’Oz ?

6. Imaginez le début (et reliez la fin au début)

Vous avez conçu la fin idéale pour votre roman ? Magnifique ! Il ne reste plus qu’à donner envie aux éditeurs de lire votre manuscrit jusqu’à la dernière page.

Le problème, c’est que la plupart des éditeurs ne lisent pas les manuscrits qu’ils reçoivent.

Ou plutôt, ils ne les lisent pas tous.

Le premier écrémage est confié à des lecteurs professionnels, en qui les éditeurs placent leur confiance. Pour être sincère avec vous – j’ai fait partie de ces bataillons de lecteurs critiques –, de nombreux manuscrits sont éjectés dès les premières lignes. Parce qu’ils contiennent une faute d’orthographe par mot, sont injurieux, ou encore ont été manifestement écrits par des malades mentaux.

Ce premier tri effectué, il reste encore de très nombreux romans à évaluer. Vous vous en doutez. Les éditeurs n’ont pas de temps à perdre.Si, au bout de ces 50 pages, votre histoire ne décolle pas, vous pouvez être sûr que votre manuscrit sera refusé. Même s’il possède des qualités.

Je n’insisterai jamais assez sur ce point : soignez votre début !!!

Là encore, vous vous demandez à quoi ressemble un début de roman réussi ? Je vous en donne quelques ingrédients.

Entrez rapidement dans le vif du sujet

Est-il encore besoin de le rappeler ? Vos jeunes lecteurs sont, par définition, infidèles. Ils disposent d’une multitude de loisirs qui peuvent venir remplacer la lecture de votre récit si ce dernier ne les captive pas dès les premières pages. Que dis-je ? Dès les premiers mots !

J’ai récemment interrogé un garçon de 10 ans pour savoir quel début de roman il avait préféré. Sans (presque) aucune hésitation, il a cité le début de Kamo, l’idée du siècle, de Daniel Pennac. Et comme je le comprends ! Dans ce roman jeunesse drôlissime, l’auteur choisit de démarrer son histoire par une véritable crise de nerfs en plein repas familial. Mado-Magie, la tante du narrateur, vient de subir une rupture amoureuse, et laisse éclater son chagrin dans la cuisine. On enchaîne ensuite rapidement sur un jour de classe ordinaire chez les CM2, où la grande question du moment est celle qui agite sans doute tous les enfants de 10 ans : c’est si terrible que ça, la sixième ? Vous l’aurez compris, ce début de roman rassemble tous les ingrédients pour captiver un lectorat de cet âge.

Si vous avez besoin de plusieurs chapitres pour lancer votre héros au cœur de son aventure, c’est que votre histoire est probablement mal structurée.

début de roman ou jeune pousse

Comment devriez-vous débuter votre histoire ? Soyez simple, direct, et mettez-y de la vie !

À moins que vous hésitiez à sauter à pieds joints dans votre intrigue ? Cela peut traduire un manque de préparation de votre roman. Peut-être devriez-vous revoir votre plan détaillé, et le retravailler scène par scène. Plus l’histoire sera claire dans votre tête (ainsi que son déroulement), moins vous aurez de peine à lui offrir l’incipit qu’elle mérite !

Ciselez votre première phrase

Et sculptez-en le moindre mot ! Vous avez sans doute conservé en mémoire les premiers mots de chefs-d’œuvre de la littérature française, tirés de L’Etranger de Camus ou de Du côté de chez Swann, de Proust. Parfois, ces premiers mots sont les seuls dont on se souvient réellement…

Si vous voulez marquer l’imaginaire et la mémoire de vos jeunes lecteurs, il va donc falloir relever le défi. Daniel Pennac, lui, se plie à l’exercice avec le panache qu’on lui connaît (toujours dans L’idée du siècle) :

“Le chagrin de Mado-Magie explosa au dessert :

– Bon Dieu que je suis malheureuse !”

Il y a tout, dans cette première phrase : le chagrin qui “explose”, un nom de personnage amusant, l’opposition intrinsèque entre l’idée de chagrin, et celle du dessert, le juron proféré dans un sanglot… Cette scène, il est facile de se l’imaginer. Toute sa force réside à la fois dans son pouvoir d’évocation, son mystère, et sa drôlerie.

Essayez de surprendre votre lecteur dès la première phrase, voire le premier mot, et il se pourrait bien qu’il se souvienne encore de votre livre dans 20 ou 30 ans… Pour ma part, je me souviens dans quels abîmes de réflexion m’avait plongée cette simple phrase : “Je m’appelle Ishmaël. Mettons.” (Moby Dick, Herman Melville). Comme souvent, vos propres expériences de lecture seront une aide précieuse à la construction de cette première phrase !

Reliez la fin au début

Ça peut vous paraître contre-intuitif, mais commencer par la fin, puis passer au début, et enfin construire toutes les étapes intermédiaires est une méthode que de nombreux auteurs ont adoptée. C’est ce qui leur permet notamment d’éviter les incohérences les plus flagrantes. Si vous savez que l’un de vos personnages secondaires doit être présent à la fin, vous éviterez de le faire disparaître au chapitre 13 !

Vous pouvez inventer toutes les péripéties qui vous chantent. Mais n’oubliez pas : tant que chacune de vos intrigues ne sera pas bouclée, vous ne pourrez pas mettre en place la fin de votre roman.

7. Détaillez les 7 étapes de construction de votre récit

Je vous rappelle les 7 étapes clés selon John Truby que je vous ai présentées dans la première partie de l’article :

  1. Définir les faiblesses et les besoins de votre héros.
  2. Déterminer le désir ou le but de votre héros.
  3. Lui créer un adversaire.
  4. Elaborer la stratégie de votre protagoniste pour atteindre son objectif.
  5. Concevoir la confrontation finale entre le héros et son ennemi.
  6. Imaginer une révélation psychologique et morale pour votre personnage principal.
  7. Etablir un nouvel équilibre.

Pour détailler davantage la structure de votre récit, différentes méthodes s’offrent à vous. J’ai choisi d’en aborder 3 ici : les 22 étapes de la structure narrative selon John Truby, les 12 étapes du voyage du héros, et la méthode du flocon.

construire son récit comme Léonard de Vinci

A l’image de l’Homme de Vitruve, vous pouvez construire votre récit en suivant un schéma narratif déterminé.

John Truby et les 22 étapes de la structure narrative

Dans L’Anatomie du scénario, l’auteur, consultant en scénario et script doctor John Truby nous dévoile le manuel complet du “scénariste hors-pair”. Ces conseils s’adaptent à merveille à la littérature jeunesse, puisque la construction du récit romanesque possède de très nombreux points communs avec celle du scénario de cinéma.

Dans sa méthode, Trubynous livre les 22 étapes qui vont non seulement déterminer le début et la fin de votre roman (grâce à ces 7 fameuses étapes), mais aussi les événements prenant place au milieu du récit.

  1. Prise de conscience d’un besoin ou d’un désir
  2. Mise en place du spectre et de l’univers du récit
  3. Faiblesse et besoin du héros
  4. Evénement déclencheur
  5. Désir
  6. Allié(s)
  7. Adversaire/mystère
  8. Faux allié
  9. Premier rebondissement-révélation et décision : modification du désir et des motivations
  10. Plan mis en place par le héros
  11. Plan de l’adversaire et principale contre-attaque
  12. Dynamisme narratif
  13. Attaque par un allié
  14. Défaite apparente
  15. Deuxième rebondissement-révélation et décision : dynamique obsessionnelle, modification du désir et des motivations
  16. Révélation pour le public
  17. Troisième rebondissement-révélation et décision
  18. Porte étroite, fourches Caudines et rencontre avec la mort
  19. Confrontation finale
  20. Prise de conscience du héros
  21. Décision morale
  22. Nouvel équilibre

L’auteur précise toutefois qu’il est inutile de se braquer sur le chiffre 22 : un excellent plan peut ne comporter que 20 ou 21 étapes. L’essentiel est d’utiliser cet échafaudage comme un tremplin pour votre créativité, tout en suivant une planification suffisamment rigoureuse pour ne pas vous perdre dans les méandres de votre propre récit !

Les 12 étapes du voyage du héros

Pour comprendre cette méthode, il faut partir de la théorie du “monomythe” de Joseph Campbell, écrivain et anthropologue. Ce dernier a établi que tous les mythes constituent des variations diverses d’une seule et même histoire que Campbell a baptisée “Le voyage du héros”. Cette théorie est reprise par l’un des plus grands spécialistes du scénario, Christopher Vogler, qui a établi “les 12 étapes du voyage du héros”. Quelles sont-elles ?

  1. Le monde ordinaire (ordinaire pour le héros. Le lecteur peut trouver ce monde au contraire très exotique et étrange !)
  2. L’appel de l’aventure
  3. Le refus de l’appel
  4. La rencontre avec le mentor
  5. Le passage du premier seuil
  6. Les épreuves, les alliés et les ennemis
  7. L’approche du cœur de la caverne
  8. L’épreuve suprême
  9. La récompense
  10. Le chemin du retour
  11. La résurrection
  12. Le retour avec l’elixir

La méthode du flocon

Nous devons la méthode du flocon au professeur de fiction littéraire Randy Ingermanson. Celle-ci vous permet de dégager une structure claire de votre histoire, en la développant étape par étape, comme suit :

  1. Résumez votre histoire en une phrase.
  2. Développez cette phrase en 5 phrases complètes résumant l’intégralité de l’histoire.
  3. Faites la liste de vos personnages en leur appliquant les 2 premières étapes : d’abord un simple nom, puis une histoire résumée en 1 phrase, puis une histoire en 5 phrases se nourrissant des motivations, besoins, obstacles rencontrés et épiphanie (grande victoire) de chacun de ces personnages. Vous pouvez faire de même pour certains lieux de votre roman, s’ils revêtent une importance particulière.
  4. Repartez à l’étape 2 et développez chaque phrase en un paragraphe. La dernière phrase, et donc le dernier paragraphe, doivent raconter la fin de votre roman.
  5. Développez l’historique de chaque personnage et chaque lieu important, pour obtenir environ une page pour chacun (et une demi-page pour les personnages secondaires).
  6. Repartez de l’étape 4 et détaillez chaque paragraphe pour qu’il occupe cette fois une page. Votre synopsis complet devra donc occuper 5 pages.
  7. Réalisez les fiches détaillées de tous vos personnages sur la base des étapes précédentes.
  8. Rédigez votre plan détaillé.
  9. Vous êtes prêt à écrire !

Cette méthode rencontre un grand succès chez les apprentis écrivains d’aujourd’hui. Il faut dire qu’elle possède un avantage certain : celui de vous conduire à développer votre roman jeunesse un pas après l’autre, sans trop vous laisser envahir par le doute. Toutefois, elle peut paraître un peu rigide à tous ceux qui ne souhaitent pas passer des heures à rédiger des fiches de personnages, de lieux ou d’intrigues.

Gardez à l’esprit que ces exemples de structure narrative ne sont qu’un support à votre inventivité. Ils forment un échafaudage sécurisant pour l’ouvrier de la fiction que vous êtes. Vous restez libre de transformer ces schémas à votre guise, d’en supprimer ou d’en ajouter certains points, voire de concevoir votre propre canevas de narration…

8. Définissez vos scènes-clés

D’une manière ou d’une autre (Truby, “snowflake” ou Vogler), vous avez réussi à structurer suffisamment votre récit pour en obtenir un plan détaillé solide. Félicitations !

Votre travail n’est pourtant pas tout à fait terminé. Avant de vous lancer dans le découpage chapitre par chapitre de votre roman jeunesse, vous devez au préalable en définir les scènes-clés.

Une scène clé riche en émotions

Retrouvailles, réconciliations ou adieux ? Une scène-clé doit toujours susciter de vives émotions !

Qu’est-ce qu’une scène-clé ? Il s’agit d’un passage particulièrement important dans votre livre, qui doit donc retenir toute l’attention de votre lecteur. Les scènes-clés peuvent être de différents ordres :

  • Un passage particulièrement riche en émotion.
  • Une confrontation capitale entre le héros et son ennemi, ou encore entre le héros et son meilleur ami.
  • Un chapitre durant lequel un mystère est révélé.
  • La première apparition d’un personnage essentiel dans l’intrigue, etc.

Chaque auteur a sa façon de consigner les scènes phares de son roman. J.K. Rowling avait ainsi pris l’habitude de remplir un tableau tenant compte de ses intrigues principales et secondaires, chapitre par chapitre. Le blog Endpaper du site Paperblanks nous en révèle d’ailleurs un extrait !

9. Découpez votre histoire en chapitres

Il existe bien des manières de définir le contenu d’un chapitre. Vous pouvez en créer un nouveau à chaque changement de lieu, ou lorsque le point de vue de la narration passe à un autre personnage, dans le cas d’un roman choral, par exemple. Vous pouvez décider que chacun de vos chapitres doit contenir une scène-clé et une scène secondaire.

En revanche, il y a une erreur que vous ne devez surtout pas commettre : oublier de créer du suspense entre vos chapitres.

Pour cela, vous devez apprendre à conclure vos chapitres en beauté et à créer un “cliffhanger”  (en anglais, « personne suspendue à la falaise »). Un cliffhanger, qu’est-ce que c’est ? C’est la partie du scénario qui clôt un épisode. Elle doit créer un suspense tel que le télespectateur meurt d’envie de découvrir la suite et de savoir, notamment, comment le personnage va se sortir d’une situation difficile.

Si vous souhaitez que votre lecteur reste scotché à votre bouquin jusqu’à la fin, concevez vos chapitres comme ces épisodes.

Pour cela :

  • Insérez un élément nouveau à la fin de votre chapitre ;
  • Insérez un élément nouveau ET captivant à la fin de votre chapitre ;
  • Evitez surtout de fermer votre chapitre, c’est-à-dire de l’achever sur un événement définitif, qui ne laisse aucune possibilité de changement, aucun espoir. Au risque de dégoûter vos lecteurs ou de les ennuyer à mourir.

Quelques exemples pour tenir votre lecteur en haleine ?

  • Finir un chapitre par la mort d’un personnage important.
  • Finir un chapitre par la mort d’un personnage important qui révèle un indice capital dans son dernier souffle.
  • Conclure sur une scène forte en émotions : une dispute, un premier baiser, une déclaration de haine, etc.
  • Achever sur un dilemme ou une décision importante que doit prendre votre héros.
  • Vous apprêter à révéler un mystère… juste avant de terminer votre chapitre (“La suite au prochain numéro !”)

Trois enfants plongés dans un roman

Bien découper ses chapitres, c’est s’assurer de ne jamais perdre l’attention de vos lecteurs.

De nombreux auteurs célèbres ont publié des romans-feuilletons, en particulier au XIXe siècle. Charles Dickens, Honoré de Balzac, Eugène Sue… tous ont expérimenté leurs propres cliffhangers. Le grand Dickens, dans chacun de ses feuilletons, se faisait fort de respecter à la fois le nombre de pages imposées, tout en ménageant quelques éléments essentiels, à savoir :

  • un lien visible entre le chapitre présent, celui qui le précède, et celui qui le suit ;
  • un début, un milieu et une fin avec la construction d’une apogée, c’est-à-dire le moment où l’émotion atteint son point culminant ;
  • la création d’un suspense, d’une incertitude quant au sort du héros ;
  • différentes pistes plus ou moins implicites, permettant d’essayer de deviner ce qui va se produire au chapitre suivant.

Ainsi, une bonne manière de procéder serait de rédiger chaque chapitre comme si votre lecteur devait attendre une semaine avant de lire le suivant !

Conclusion :  les 9 étapes clés de la construction d’un  récit

Ces 2 très longs articles ont l’objectif  suivant :  vous apporter toutes les clés pour développer votre idée de roman et en tirer un récit construit, cohérent, et surtout, captivant !

Retrouvons-les ci-dessous :

  1. Créez votre personnage principal et commencez à réunir des idées sur la façon dont il va “habiter” votre roman.
  2. Trouvez-lui un objectif et un enjeu forts : ce qu’il peut gagner s’il réussit, ce qu’il va perdre s’il échoue. Et n’oubliez pas de voir grand !
  3. Échafaudez un système efficace de personnages secondaires : antagonistes et adversaires annexes, allié principal, mentor, alliés secondaires, etc.
  4. Bâtissez votre structure narrative comme un professionnel de l’écriture en suivant les 7 étapes de John Truby.
  5. Imaginez la fin de votre roman (avant le début).
  6. Imaginez le début de votre roman (et reliez la fin au début).
  7. Détaillez les 7 étapes de construction de votre récit, selon la méthode qui vous paraît la plus pertinente (ou un canevas de votre cru).
  8. Définissez vos scènes-clés.
  9. Réalisez le découpage de votre histoire, chapitre par chapitre.

Vous comprenez mieux pourquoi le travail de romancier est aussi exigeant, n’est-ce pas ? Et c’est loin d’être fini ! Une fois arrivé(e) à l’étape 9, il vous reste encore à débuter la rédaction de votre roman jeunesse. Et à trouver votre style, votre ton, votre patte, bref… votre voix d’écrivain !

Un sujet que je ne manquerai pas d’aborder  prochainement sur ce blog. Alors restez connecté(e)!

Pour aller plus loin :

10 conseils en or d’auteurs jeunesse pour réussir votre roman

Le secret des auteurs jeunesse pour être édités

Comment écrire un roman de A à Z : à bas la procrastination !

>