Le lecteur de vos rêves : fasciné par votre histoire, prêt à braver tous les interdits pour la dévorer…

Pour écrire un roman jeunesse et le faire publier, il faut des tonnes de talent et beaucoup de chance. Ou connaître du monde dans l’édition. Ou être dans le show-biz / le foot / la littérature pour adultes. Vous avez déjà entendu ça quelque part ? Peut-être en êtes-vous convaincu vous-même ? Les auteurs dont j’ai choisi de transmettre les conseils dans cet article ont tous publié au moins un roman, si ce n’est plusieurs. Et ce qu’ils ont à vous dire va peut-être changer votre regard sur le travail d’écriture. Non, il ne s’agit pas d’espérer recevoir la visite d’une muse ou de copiner avec Antoine Gallimard (bonne chance!). Ici, on parle d’artisanat, de culture et de ténacité. Alors au boulot !

1. Lisez des romans pour enfants

Vouloir écrire un roman jeunesse sans jamais en lire un seul? Ce serait un peu comme s’apprêter à escalader une montagne en refusant de sortir sous la neige. Un non-sens total !

Pourquoi ?

Primo, la lecture de romans (dans le genre de ceux que vous écrivez, mais pas seulement) aiguise la plume et affûte l’imagination.

Secondo, comme dans tous les métiers, on apprend mieux en prenant exemple sur les plus grands. Décortiquer une œuvre littéraire vous permet de mieux appréhender les mécanismes de l’histoire, ses procédés narratifs, ses petites astuces pour embarquer le lecteur.

Tercio, rassurez-vous, ce n’est pas parce que vous aurez lu l’intégrale des plus grands auteurs jeunesse que vous en perdrez ce qui vous rend unique. S’ils vous influencent, ce sera plutôt dans le bon sens !

 

Une ampoule s’allume au-dessus d’un livre ouvert

La lecture de romans jeunesse ne brimera pas votre imagination. Au contraire, elle la libèrera !

 

C’est J. K. Rowling en personne qui  le dit sur son blog.

Vous ne pouvez pas devenir un écrivain valable sans être vous-même un lecteur assidu. Lire est la meilleure façon d’analyser ce qui fait un bon roman. Soyez attentif à ce qui fonctionne et à ce qui ne fonctionne pas, aux aspects que vous aimez et demandez-vous pourquoi vous les aimez. Au début, vous aurez sans doute tendance à imiter vos auteurs préférés, mais c’est un bon moyen d’apprendre. Au bout d’un moment, vous trouverez votre voix.

Quant à Nadia Coste, elle explique, dans ses “30 conseils d’écriture” publiés sur son blog, les avantages à analyser son roman préféré:

 Analysons ce qu’on lit, critiquons mentalement si c’est trop salé, ou trop cuit… et apprenons pour reproduire avec nos propres recettes et arriver à créer une émotion, une saveur unique, de la même manière que nous avons aimé notre roman préféré ! 

 

2. Ne négligez pas la phase de préparation

Ah, saisir une idée de roman au vol et se jeter sur sa plume pour l’immortaliser avant qu’elle ne disparaisse… Ecrire son livre d’un jet, en quelques nuits fiévreuses… Qui n’a jamais rêvé d’être saisi par la transe de l’auteur, ce phénomène quasi-mystique, voire chamanique ?

Oui. Sauf que ça ne fonctionne pas. Écrire sans préparation, c’est un peu se lancer du haut d’une falaise sans filet. Au début, l’élan vous donne l’impression de voler, mais à la fin, c’est toujours la gravité qui gagne.

 

L’auteur jeunesse est un détective qui passe chaque détail de son histoire à la loupe

Combien de fourmis pour construire le Taj Mahal ? Pour le bien de votre roman, votre mission est de le découvrir !

 

Samantha Bailly explique dans sa vidéo « Comment préparer un roman ? » qu’elle respecte plusieurs étapes avant de se lancer dans l’écriture à proprement parler. Lorsque ses idées ont pris forme, elle fait toujours des recherches sur l’univers ou les personnages qu’elle souhaite créer.

Être auteur, c’est savoir projeter ses personnages dans des contextes parfois très éloignés de nous. Ça pousse donc à engranger des informations sur des notions parfois complexes, à récolter des témoignages, ou à soi-même vivre des situations qui nous étaient jusqu’alors inconnues.  Un petit exemple dans mon roman de fantasy Oraisons : je me suis retrouvée à calculer la distance que pouvaient parcourir les pigeons voyageurs. Oui, oui, la recherche de crédibilité peut mener très très loin.

 

3. Prenez votre jeune lecteur au sérieux

Tremblez, pauvres cœurs sensibles ! La confrontation avec un jeune lectorat n’est pas pour les esprits faibles… La peur de choquer, d’attrister ou de traumatiser est fréquente chez les auteurs jeunesse en formation. Souvenez-vous toutefois de ce que Claude Roy écrivait : « Les gens heureux n’ont pas d’histoire » !

Pensez aux héros de roman que vous avez aimés, plus jeunes. Mowgli ? Abandonné à la naissance et traqué par un tigre mangeur d’hommes. Heidi ? Placée chez un grand-père bougon dans un coin perdu des alpes autrichiennes. Sophie ? Fouettée par une belle-mère sans cœur après la mort de ses parents.

La liste est longue, mais vous comprenez le principe : vos jeunes lecteurs ont besoin de défis, d’épreuves, de récits de souffrance… Pas parce que ce sont des sadiques en devenir, mais parce que la compassion leur permet de s’attacher à votre héros et s’intéresser à son sort.

Clémentine Beauvais explique dans 5 astuces pour écrire pour les enfants :

Les enfants aiment tout ce qui est grand, et pas seulement les dinosaures. Ils peuvent gérer les mots compliqués qu’ils n’ont jamais vus avant: c’est ce qu’ils font depuis qu’ils sont nés. Ils peuvent gérer les sujets difficiles, sombres, tabous: ils n’arrêtent pas de demander à leurs parents de les leur expliquer. Ils peuvent gérer l’humour: ils voudraient souvent que les adultes en aient un peu plus. Ne leur donnez pas de petites histoires confortables et banales.

Quant aux mots compliqués et notions savantes, ils sont souvent traqués par ces auteurs convaincus qu’avec les enfants, il faut faire simple. Ceux qui affirment ça n’ont jamais dû répondre aux questions métaphysiques d’un piou-piou de 6 ans à l’heure de l’histoire

Il a fallu 15 ans à J. K. Rowling pour écrire Harry Potter.  Respectez les enfants, la littérature jeunesse et les autres auteurs pour enfants: il n’y a rien de plus insultant pour eux que les gens qui pensent que c’est facile. Ne faites pas l’auteur qui « s’abaisse » à la littérature jeunesse parce qu’il n’arrive pas à trouver d’éditeur pour ses romans pour adultes. Passez du temps à faire des recherches pour votre histoire – les enfants vérifieront vos assertions. Passez du temps à lire des critiques de livres jeunesse. Passez du temps à structurer, à écrire et à corriger. Passez du temps à parler aux enfants, et à les écouter.

 

4. Eviter les discours didactiques

Un enfant se désespère devant un tableau noir couvert de signes d’algèbre.

Ça, c’est la réaction que provoquaient les cours de Mme Choupard, ma prof de maths.

 

« Didactique : dont le but est d’instruire, d’informer, d’enseigner. » (Larousse de la langue française)

Produire des contenus didactiques, c’est très bien quand on enseigne l’histoire. Beaucoup moins quand on cherche à en raconter. Votre roman produit le même effet qu’une  leçon d’orthographe ? Visiblement, vous n’avez pas atteint votre but.

Clémentine Beauvais écrit ainsi dans son blog d’auteure jeunesse :

Si on vous dit que votre bouquin pour enfants est « didactique », c’est, en général, pas trop une bonne nouvelle du tout. Ça veut dire qu’il est prescriptif, voire doctrinaire, ouvertement éducatif, bref, qu’il ne laisse pas de liberté à l’enfant. Pour reprendre les mots d’Alceste (dans Le Misanthrope, pas dans Le Petit Nicolas), franchement, il est bon à mettre au cabinet. Et en prime vous voilà catalogué comme un grand méchant adulte façon Mlle Legourdin dans Matilda.

 

 5. Commencez par la fin

Une belle fin de roman, ça se travaille, vous n’y couperez pas. Tout comme votre premier chapitre, vous l’écrirez et la réécrirez des dizaines de fois avant d’obtenir un résultat convenable. Ecrire un roman sans en connaître la fin est possible, bien sûr. Mais la plupart du temps, vous aurez besoin de maîtriser le début et la fin de votre histoire pour tisser entre ces deux points les mailles de votre intrigue.

Anne-Gaëlle Balpe nous le rappelle dans l’Abécédaire des auteurs et illustrateurs jeunesse :

Les enfants aiment les fins d’histoires (les éditeurs aussi, du coup). C’est parfois le plus important, surtout dans un texte court. (…) Pensez tout de suite à la façon dont cette histoire va se terminer. Il faut que le déroulement soit équilibré, et que la fin vienne comme un feu d’artifice (elle peut être surprenante, douce, logique, absurde…). Ensuite seulement, travaillez les mots, les phrases. Mais il faut construire sur une structure qui tienne la route et la fin joue donc une place prépondérante.

 

6. Réfléchissez à une structure

Vous trouverez bon nombre de traités d’écriture abordant cette question délicate. Beaucoup s’attachent à la structure traditionnelle en 3 actes, d’autres vous inviteront à vous en libérer. Faites-vous confiance et prenez la décision la plus conforme à ce que vous imaginez pour votre histoire, à vous !

Dans la vidéo « La structure d’une histoire », Samantha Bailly explique comment fonctionne la structure en 3 actes, ses 3 points pivots, son climax et sa fin.

C’est cette structure qui prédomine dans la plupart des romans jeunesse :

  • Acte 1 : 25 % environ : nouer l’intrigue
  • Acte 2 : 50 % environ : “fun and games” et ventre de la baleine
  • Acte 3 : 25 % : dénouement

Attention, dans un roman jeunesse, l’intrigue doit démarrer très rapidement, dès les premières pages. Ne plantez pas trop longuement le décor, au risque d’ennuyer votre lecteur.

 

7. Restez vous-même

Vous vous souvenez de ce qui était à la mode dans la littérature jeunesse au moment de la publication de Harry Potter à l’école des sorciers ? Moi non plus. Ce que je sais en revanche, c’est que les manuscrits mettant en scène un jeune sorcier ont plu après ça, et pleuvent encore. Combien d’entre eux sont publiés ? Environ 1 sur 1000, comme tous les autres…

Suivre la mode ne vous avantage que rarement, et vous oblige au contraire à redoubler d’originalité. Et à aborder un sujet que vous n’auriez peut-être pas choisi dans d’autres circonstances.

Clémentine Beauvais :

C’est tentant d’écrire une épopée de licornes punk dans un sous-marin si c’est ce que tout le monde est en train de faire. Mais pendant que vous vous embêtez à planifier votre trilogie “pas tout à fait comme les autres’, les éditeurs sont déjà partis sur une nouvelle tendance (dystopie préhistorique avec extra-terrestres). Et même si vous arrivez à faire publier votre œuvre, elle sera vouée à être consommée et digérée en un temps record par les fans frustrés et gloutons des histoires d’un autre auteur.

 

Les extraterrestres sont-ils à la mode en littérature jeunesse ?

“E.T. téléphone maison” Comment ça, je peux pas piquer cette réplique ?

J. K. Rowling :

Il faut résister à la pression de suivre les meilleures astuces au pied de la lettre, que ce soient des conseils en ligne ou des livres vous promettant la recette pour écrire un best-seller/ ce que vous devez absolument faire pour être publié/ comment gagner des millions grâce à l’écriture.

 

 8. Mélangez les genres

Si vous réfléchissez à bon nombre de réussites dans le roman jeunesse aujourd’hui, vous constaterez que beaucoup d’entre elles appliquent cette recette de mix-and-match. C’est aussi un moyen efficace de rafraîchir un thème rebattu mais séduisant.

Clémentine Beauvais :

 La littérature jeunesse a un certain nombre de “genres” bien définis – des contes animaux aux journaux intimes d’ados, en passant par les histoires de ballerines. Mais se confiner à un genre ne fonctionne plus vraiment. Les meilleurs livres sont les hybrides – ceux qui mélangent les recettes. Pas la peine d’aller imaginer un championnat de foot dans l’espace entre écoles de loups-garous, mais les jeunes lecteurs aiment le sentiment d’aliénation et de familiarité que les histoires hybrides provoquent.

 

9. Laissez reposer votre texte

Si votre roman était déjà bon, il le restera. Mais ne rêvez pas trop. Un manuscrit excellent dès le premier essai, ça se produit une ou deux fois par siècle (non, je n’ai pas de statistiques précises à ce sujet). C’est donc que votre roman jeunesse est mauvais ? Du tout. Seulement perfectible.

Nadia Coste:

Voilà un conseil qui me semble essentiel et que trop de (jeunes) auteurs ne prennent pas en compte : le temps de repos d’un texte, comme le temps de repos d’une pâte qui doit lever, est essentiel !

J’ai eu l’occasion de voir autour de moi des auteurs qui terminaient le premier jet de leur roman et qui l’envoyaient en soumission à l’éditeur le lendemain. Si ça vous donne des sueurs froides à vous aussi, c’est bien, vous êtes sur le bon chemin.

[…] Si je le laisse reposer quelques semaines (voire quelques mois) pendant lesquelles je travaille sur une autre histoire, et/ou je bouquine, et/ou je fais autre chose, eh bien, quand je vais le relire, je vais, en quelques sorte, le redécouvrir d’un œil neuf. Et je verrai non pas ce que je voulais faire, mais ce que j’ai vraiment fait.

 

10. Corrigez-le, encore et encore

Une chose est sûre : il n’y a pas de limite théorique au nombre de corrections que vous pouvez effectuer.

Un écrivain rit puis pousse un cri d’horreur

J’ai fini, tralalère… Diantre ! Un pléonasme !

Paul Beorn présente ainsi sa vision des corrections de roman sur son blog :

Quand vous avez fini votre premier jet, vous le relisez et vous le corrigez. C’est bien ! Vous le faites lire à d’autres et vous le recorrigez d’après leurs remarques. C’est encore mieux ! Un texte doit toujours être lu et relu. Et après ? C’est tout ? Erreur !

Je sais bien ce que vous pensez de ces modifications, vous vous dites « c’est forcément mieux qu’avant ». Eh bien moi je me méfie : ne faites pas confiance à vos corrections, ce sont les seuls morceaux de texte qui n’ont pas été relus.

C’est comme les retouches de peinture : elles vous paraissent jolies et pimpantes quand vous venez de passer le pinceau, mais quand elles sèchent, vous voyez le vrai résultat et parfois ce n’est pas brillant.

Quelques exemples en vrac de corrections à problème :

  1. vous avez voulu éviter une répétition en changeant un terme par un autre, et vous vous apercevez que vous en créez une nouvelle ;
  2. vous avez supprimé un paragraphe et vous vous rendez compte que 20 pages plus loin, on y fait allusion ;
  3. vous avez charcuté un bout de phrase et du coup, il manque un mot ou il reste un morceau en trop ;
  4. vous avez concocté une jolie formule en pesant chaque mot dans votre tête, mais en relisant, vous voyez que ça casse l’enchaînement des phrases.

Alors s’il vous plaît, faites plaisir à tonton Beorn : corrigez-moi ces corrections !

Veillez quand même à vous arrêter, à un moment ou à un autre. S’il est prudent de ne pas dévoiler son texte trop tôt, se perdre en révisions est symptomatique d’une incapacité à couper le cordon. Créez la meilleure version possible de votre roman, et lâchez prise. Sans quoi vous ne l’enverrez jamais.

 

Que pensez-vous de ces 10 conseils de romanciers ? Les appliquez-vous depuis toujours ou en avez-vous découvert certains ?

Votre boîte à outils d’ écrivain en herbe contient peut-être bien d’autres astuces. Si c’est le cas, je serai ravie de les découvrir et d’en discuter avec vous en commentaire !

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